samedi 18 septembre 2010

"ça va Jean-Pierre? " "ça va comme-ci comme-ça..."


L’une des premières choses que notre nouveau petit groupe décide de faire ensemble (à part le racketball et la chasse aux testicules) est un trip à Wal-Mart. J’emplois le mot « trip » car il ne s’agit pas juste d’aller faire ses courses comme je l’ai fais ces 4 dernières années, avec un Carrefour à 5 minutes à pied de chez moi. Non, ici, il n’y a pas de gros supermarché en centre ville, il faut s’y rendre en bus, et rouler une bonne demi heure. Des rumeurs sont remontés jusqu’à nous disant que certains étudiants avaient roulés une heure pour y aller… mais le site internet des transports locaux nous informe pourtant qu’un Wal-Mart est situé à une demi heure de route, pas la peine donc d’aller à celui deux fois plus loin.

Nous embarquons donc dans un bus nous conduisant au sud de la ville. Nous roulons sur les grandes avenues d’Austin, et croisons des bâtiments de toute sorte. A noter un hôtel avec une enseigne rouge de forme phallique… je me permet d’en parler car je suis persuadé qu’il n’est pas possible qu’ils n’aient pas remarqué en la construisant… "Dis donc Johnny, elle serait pas un peu en forme de zguegue ton enseigne là?" "Ah ouais... merde... bon bah maintenant qu'elle est payée hein...". Je sais pas si ils veulent attirer la clientèle ou autre, mais en tout cas c’était très bizarre.

Comme peut-être mentionné auparavant (j’ai la flemme de chercher, cela restera donc un « peut-être ») les arrêts de bus n’ont pas de nom, on doit se repérer aux noms des rues. Et quand on ne sait pas où on va, cela devient un jeu assez difficile, où il faut constamment rester attentif. Notre carte des bus n’indique que le nom d’une rue sur 3000, ce qui n’est pas d’une grande aide. Fort heureusement, Hugo a le sens de l’orientation et nous fait finalement descendre à proximité du Wal-Mart.

Malheureusement, son sens de l’orientation était en avance de trois stations, et il nous faut donc parcourir ce chemin au bord d’une grosse route sous un soleil de plomb. Nous y croisons d’ailleurs un cactus de Mickey entrain de danser une salsa.

Nous arrivons finalement à notre arrêt de bus, sauf que comme indiqué sur le site internet, il nous reste encore à marcher 1,61 miles vers l’Est.

« C’est combien un mile déjà ? »

« Sais pu trop… un kilomètre et demi ou quelque chose dans le genre. »

« Ah ouais… fait chaud hein ? »

« Plutôt ouais… »

Nous traversons donc la grande avenue et choisissons de prendre la route qui nous paraît la plus logique (après avoir demandé notre direction à un mexicain : )

« Hi, do you know where we could find the Wal-Mart ? »

« Aglabaletedo ? »

« The… Wal-Mart… ? »

« Ooooh ! Wamat ! Gobunidtado eniaco baki ! »

« Baki ? »

« Baki ! Baki ! »

« Oooh yes ! Thank you very much ! »

« You welcome ! »

« Qu’est-ce qu’il a dit ? »

« Eniaco baki. »

« ça veut dire quoi ? »

« Aucune idée, mais j’ai montré l’est, et il avait l’air content. »

Nous marchons donc un long moment, réalisant que l’heure de route est dorénavant écoulée… en prenant le bus pour le second Wal-Mart, nous serions déjà arrivé. Après un nouveau quart d’heure à suivre notre ombre, nous arrivons finalement en vue de l’immense bâtiment tout en longueur, et sautons de joie pour célébrer notre victoire. Du moins le ferions-nous si nous n’étions pas complètement déshydraté.

Une fois à l’intérieur du magasin, et après un refill de boisson bien mérité, nous nous réapprovisionnons pendant une heure, mélangeant cookies et rideau de douche à nos victuailles. Je découvre un maillot de sport à l’effigie du Longhorn, mais plus original que les autres. Je m’empresse de l’acheter, mais Hugo, dans son incessante volonté de devenir moi, en fera rapidement de même.

Il est à présent temps de retourner au bus, et la marche à venir nous démoralise. Nous nous y lançons péniblement, pensant au réconfort de la climatisation de nos appartements. Au final, il nous aura fallu 4 heures pour faire l’aller retour. 4 heures, juste pour quelques courses… ça va pas être possible toute l’année, il va falloir trouver un autre magasin.

Les jours suivant se ressemblent beaucoup : soit je vois la bande, soit je vois Hannah. Je me souviens d’un déjeuné en particulier, avec Hugo et David dans un restaurant Japonais, où lors de payer, David n’avait sur lui qu’un billet de 20 dollars, pour une addition de 13. Il laisse donc son billet, et le serveur disparaît. Mettant un petit peu de temps à réapparaitre, David commence à se demander s’il n’a pas pris le reste de la somme pour un pourboire, ce qui serait bien entendu énorme. Nous commençons à nous imaginer le serveur sauter de joie en cuisine. Mais celui-ci commence vraiment à se faire attendre, s’engage alors une petite conversation entre David et moi :

« C’est pas vrai il va pas revenir !

- Mais si mais si, il ne peut pas ne pas revenir.

- Il va revenir ?

- 7 dollars de pourboire c’est trop, il va revenir… mais en même temps… ptet pas.

- Il va pas revenir…

- Il va pas revenir… nan il peut pas… il peut ?

- Allez reviens enfoiré !

- Il va pas revenir… j’y crois pas, il va pas revenir…

- Il revient pas… sans blague, tu crois qu’il va revenir ?

- Ça me ferait vraiment marrer que non… mais en même temps c’est pas cool pour toi…

- Il revient ! IL REVIENT !

- Il est revenu ! YAAAAY !

Mais au fond de moi je me demande s’il n’a pas attendu si longtemps en cuisine dans l’espoir de nous voir partir sans attendre notre monnaie… nous ne le saurons malheureusement jamais.

Durant le weekend suivant, (waaah ! comment je saute des jours maintenant, truc de ouf !) les parents d’Hannah ont débarqué au volant d’une camionnette de déménagement. Une fois mon nouveau lit, bureau et étagère déposé chez moi (un vrai lit… et plus d’écriture de blog par terre… ahhhhh !) nous nous dirigeons vers l’appartement d’Hannah, à une 15aine de rues de chez moi. Je crois que l’un des instants dont je me souviendrais toujours sera celui où le père d’Hannah, voulant rentrer la camionnette dans un parking souterrain, s’exclame, songeur, en regardant le panneau indiquant « 8 pieds » :

« Je me demande combien fait la camionnette… »

CRAAAAAACK !

« Mmmh… apparemment pas 8 pieds… »

Mais l’avantage de conduire une camionnette de déménagement d’une grosse compagnie, c’est qu’il peut la laisser dans un dépôt à Austin, et dire « ouais c’était comme ça avant… » sans que personne n’y retrouve à dire. Sacré Hans !

Nous déménageons donc une partie du matériel d’Hannah, le plus gros étant stocké dans un entrepôt à Austin, qu’il faudra vider le lendemain matin. Programme de la soirée : le festival de la chauve-souris, sur Congress Bridge, pont abritant des milliers de chauve-souris. Nous savions fort bien que nous serions en retard pour le départ des chauve-souris (du moins je le savais fort bien, mais personne m’écoute jamais ! monde de merde !) mais nous nous rendons néanmoins sur place pour profiter du festival (qui consiste en une foule compacte et des stands de bouffe… second point qui n’est pas pour me déplaire.)

L’heure est donc au repas, et je remarque une roulotte fumante, où un simple hot dog coûte 5 dollars (les yeux de la tête pour les états unis). Je m’y rend donc, et hurle ma commande pour couvrir le bruit en tendant un billet de 10. La nana hurle quelque chose en réponse (je ne saurais jamais quoi, peut-être était-ce quelque chose comme « JE FAIS SEMBLANT DE TE RÉPONDRE MAIS EN FAIT JE T’INSULTE ! ») et prend mon billet de 10 pour me rendre… 2 dollars. Je lui hurle alors que NON, C’EST PAS POSSIBLE, J’AI COMMANDÉ UN HOT DOG. Elle acquiesce, s’excuse (je pense), fouille dans sa caisse et me tend deux billets… un de 5, et un de 10. J’ai un moment d’hésitation, puis empoche les billets en hurlant un remerciement. Après tout, ils n’avaient qu’à pas faire des hot dog aussi petit et aussi cher. Et cela me permis d’acheter une énorme limonade et d’en faire profiter tout le monde, donc bon, hein, BA tout ça. Voilà.

Le lendemain matin, à nouveau emménagement. S’ensuit une invitation dans un restaurant surplombant un superbe lac aux aspects méditerranéen, et offrant une excellente cuisine mexicaine.

Fajitas cela sera donc, en quantité, et offert par les parents d’Hannah. Et quand je dis en quantité, faut imaginer en quantité. Ais-je déjà fait mon paragraphe sur le fait qu’aux Etats-Unis, tout est plus gros ?

J’vous ai pas dis, mais aux Etats-Unis, tout est plus gros ! ça passe par les hamburgers, ou même la cuisine en générale (les portes des frigos sont fabriqués de sorte à pouvoir contenir des bouteilles de trois litres (un galon), les boissons, les voitures (elles sont énormes, le premier jour j’étais « la vache ! Regarde cette grosse voiture ! … et celle-la… et elle aussi… là… là… là… » tant et si bien qu’au final le jeu consisterait plus à trouver la voiture de taille européenne.) Les gens sont plus gros aussi, ou disons plutôt qu’il y a plus de personnes en surpoids, et que les filles peuvent arborer un petit bidon sans avoir honte (enfin, je dis ça, j’suis pas une fille, mais j’en vois beaucoup comme ça, donc je suppose que ça doit être normal). Mais ne me méprenez pas, la grande majorité des étudiants ont un poids tout à fait correct. Ceux ayant un petit surplus sont juste plus nombreux qu’en France.

Et puisque l’on parle de filles, autant en faire un petit paragraphe. Imaginez un campus de 50 000 étudiants, imaginez ensuite que la majorité est féminine. Rappelez-vous ce que je vous ai dis sur les températures, et ce que cela implique sur la mode vestimentaire. Rappelez-vous encore que je vous ai dis que beaucoup de monde faisait du sport, et l’une des modes à UT est apparemment le mini short sportif découvrant toutes les jambes et laissant deviner le reste. Pensez alors que nous sommes dans une période où les cours n’ont pas encore commencés, une période pleine de fêtes donc, et de filles en tenues de soirées. Vous comprendrez alors aisément que le célibataire que je suis n’en fini pas de baver devant les incessantes beautés qui croisent mon chemin à longueur de journées.

Bref, revenons sur le paragraphe concernant les choses plus grosses. Vous pouvez donc imaginer quelque chose, à peu près n’importe quoi, et être assuré qu’aux Etats-Unis il sera plus gros. Et moins cher. Et ouais.

J’en étais resté sur mes fajitas en quantités. Une autre chose que j’adore ici, c’est qu’il est rare que le client finisse son assiette, mais ce qui est encore mieux, c’est la possibilité de demander une boite et d’emmener les restes chez soi. C’est normal, tout le monde le fait. Et ici, c’est l’équivalent d’un repas entier de fajitas que j’ai pu ramener et déguster le soir même.

Mais avant cela, j’ai eu la chance d’être amené sur un coin de la rivière (le Colorado) nommé Barton Springs. On peut notamment s’y baigner (mais cette histoire sera pour plus tard) et également y faire du Kayak, ce qui est l’activité prévue pour notre après midi. Ne restent plus qu’Hannah, trois de ses amis nouvellement invités, et moi. Etant un habitué du Kayak (cf : blog de Thaïlande/Malaisie http://b2c.uniterre.com/ article « Les varans se cachent pour mourir »… un petit peu de pub ne fait pas de mal) j’espère avoir la possibilité de disposer d’un Kayak solo, mais devant les demandes insistantes de « qui veut aller dans les deux doubles ? » je comprend que je ne suis pas le seul… mais apprendrais plus tard que j’ai mal compris, que personne sauf moi ne voulait le kayak solo. Au final, tout le monde était content : j’ai pu faire mon kéké (surnommé « le Dieu du Kayak » par Hannah, quand même !) et mes 4 camarades ont pu se relayer pour pagayer dans cette eau pas vraiment cristalline, mais fraiche.

Je me rend compte que je suis passé sur un événement d’une importance particulière : l’inscription aux cours. Celle-ci est très contrôlée, pour éviter que 50 000 étudiants n’essaient de se connecter en même temps sur le site de la fac (ce qui serait moche, à n’en pas douter). Chacun se voit donc donner une heure à partir de laquelle il est autorisé à s’inscrire. Allez savoir pourquoi, il fut décidé que les noms de familles en « D » passeraient en dernier. Déjà que tous les américains ont pu réserver leurs cours depuis avril, j’avais bien besoin de ça tiens. Il en résulte forcément que tous les cours m’intéressant sont pleins, à l’exception d’un, le seul que je suis obligé de prendre pour satisfaire Paris 8 (ça et réaliser un court métrage). Il ne me reste donc plus qu’à écrire à chaque professeur et l’implorer de me prendre dans sa classe, arguant que je suis français, génial, et que je suis prêt à n’importe quoi pour rejoindre son cours, même monter sur autre chose qu’un Mac (aaarrgh). Ça c’était pour la prof de montage avancé : victoire. Je suis aussi accepté dans un cours de Trans-média, pour ce que ça veut dire… mais ça collait dans mon emplois du temps. Manque de pot, tous les autres cours qui m’intéressant chevauchent soit le cours de montage avancé, soit mon cours imposé. Et hors de question de reprendre le genre de cours déjà subit 4785970 de fois à Saint-Denis, avec de la théorie du cinéma à n’en plus finir et des sommes de travail monstrueuses.

L’ennui, c’est que je suis obligé par l’organisme d’échange d’avoir un minimum de 12 crédits par semestre (sans quoi je serais radié). Un cours normal m’en offre 3, il me manque donc 3 crédits… mais aucune envie de prendre un cours juste pour des crédits, et non pour l’intérêt : je n’ai pas traversé l’atlantique pour faire quelque chose que je n’aime pas. Et qu’est-ce que j’aime à part le montage ? … Quelqu’un ? Je vois des doigts se lever au fond ? C’est bien ça : Le sport. Et avec des locaux comme ceux-là, il serait vraiment dommage de ne pas en profiter. L’ennui, c’est que les cours de sport n’offrent qu’un crédit chacun. Boarf, 3 cours valent mieux qu’un.

Mais une fois arrivé sur la page sportive, je refroidis rapidement : tous les cours sont pleins, excepté quelques cours de natation ou de travail sur son poids… ce dont je n’ai pas forcément besoin… mais également un cours de volley avancé, réservé aux joueurs de club confirmés ayant quelques années de jeu derrière eux… J’ai pas joué en club, j’ai joué l’équivalent de 6 mois de temps à Paris 8, sans équipe, mais 12 à 14 heures par semaines, si bien que mon niveau n’est pas sensé refléter mon « âge » sportif. On verra bien : je m’inscris.

Un cours de tennis pour débutant attire mon attention : j’écris au prof pour lui expliquer ma situation et lui demander s’il y a un petit spot sur un terrain pour le français que je suis. Et après ça, je ne sais plus quoi choisir, presque rien ne correspond… excepté un cours de volleyball intermédiaire… oh, et puis ça serait trop bête de passer à côté ! Après tout c’est devenu ma passion ! J’écris donc au prof un mail où je mets tout mon cœur, ma passion et ma détermination… ainsi qu’une tentative de corruption aux bonbons français spécialement ramenés du pays. C’est ce dernier point qui a marché, le prof ne pouvant pas résister à l’idée d’ajouter des bonbons français à son régime. Le prof de tennis quand à lui me propose d’assister aux premiers cours dans le cas ou certains élèves se désisteraient… parfait ! J’ai donc théoriquement, peut-être, mes trois crédits ! Rendez-vous dans quelques jours pour déterminer si oui ou non je serais bel et bien accepté dans ces cours.

Revenons à notre journée de kayak, pour passer au lendemain.

Lendemain, lundi 23 août (je préfère le préciser, parce que même moi je commence à être perdu, cela fait donc presque deux semaines que je suis arrivé) je retourne à Barton Spring en compagnie d’Hugo, David, Hannah et deux de ses amies, mais cette fois pour se baigner.

Sur le chemin du bassin, nous marchons en compagnie d’un vieux black américain, qui engage (et surtout fait) la conversation avec Hannah et moi-même. Il nous dira notamment avec son accent ultra prononcé « Vous noyez pas les gars, parce que je sais pas nager »… ok, merci du conseil ! Mais le mec super cool nous « verrouillera » la main, dans un salut que seul Andréa et Hannah peuvent comprendre, et ça, croyez moi, c’est vraiment super cool !

(Le Père Noël en vacances à Austin avec son chien)

Barton Spring possède une piscine naturelle (bétonnée ceci dit) disposant d’eau de source continuellement renouvelée. C’est le seul endroit de la ville où l’eau est à une température de 20 degrés toute l’année. Et 20 degrés, quand il fait presque 40 dehors, c’est dur… très dur…

Nous ne sommes donc que légèrement surpris de voir que la majorité des gens préfèrent rester sur les bords et ne tremper que leurs pieds. Mais nous ne sommes pas venu ici pour lézarder au soleil, mais bien pour se rafraichir. Impossible cependant de rentrer dans l’eau après l’avoir touchée, elle est vraiment très froide. Une seule solution donc : se jeter dedans. J’y vais le premier, suivi par Hannah, et maintenant qu’une fille est dans l’eau et leur honneur en jeu, Hugo et David nous suivent.

Je ne pense pas avoir été souvent dans une eau si fraiche, à tel point que j’évite à tout prix d’y plonger ma tête, et que respirer et nager comme un chien devient une obligation.

En parlant de chien, Barton Spring est séparé en deux parties : la payante (3 dollars) avec beaucoup de fond, un tremplin et un vrai rebords, et la partie gratuite (0 dollars… enfin gratuite quoi) pas de profondeur, rebords naturels, et des chiens. Beaucoup de chiens. Des chiens qui pissent sur les sacs des baigneurs, événement auquel j’ai pu assister avec grand plaisir, sachant que le chien en question, pas vraiment futé, a choisi le sac d’un baigneur encore assis à côté… et lorsque ce dernier s’est mis à gueuler, le chien s’est éclipsé aussi vite qu’il a pu, alors qu’il n’avait pas encore terminé son office, avec l’expression de surprise et de frayeur que peuvent arborer parfois certains animaux : « Ohmerdemerdemerde ! »

L’on pourrait croire qu’au bout d’un certain temps dans l’eau, l’on s’habitue à sa température. Eh bah nan. Pas moi. C’est super froid, et je profite que personne ne comprenne ma langue pour jurer, jurer et jurer encore… ça ne réchauffe pas vraiment, mais c’est de circonstance. Le bon côté des choses est que nous pouvons alors regarder tous les gens agglutinés sur les bords, et lancer à la cantonade (en français toujours) « Alors les p’tites tapettes ! On a peur de se mouiller ?! » puis de grelotter de plus belle.

Après une demi heure, nous décidons de sortir du freezer, et la sensation du soleil à sur notre peau est très certainement l’une des plus belles choses au monde (avec les spaghettis boulettes de ma Grand-Mère). Nous nous réchauffons un instant, tandis que les amies d’Hannah, nous ayant récemment rejoint, restent dans l’eau et nous incitent à les rejoindre. Malheureusement, l’heure tourne, et Hugo et David doivent rentrer pour une réunion dans leur co-op. Cependant, Hugo ne résiste pas à l’appel de ces demoiselles aucunement en détresse, et plonge les rejoindre pour un dernier bain. David résiste, tout comme moi, malgré les appels incessants de nos camarades. Ce n’est que lorsqu’Hugo emploiera à nouveau le mot « Tapette » que mon honneur me forcera à plonger. Mais David résistera encore et toujours au pouvoir de ce mot démoniaque.

Je ne m’attarderais pas sur le retour en bus, si ce n’est en précisant que mes deux compères eurent une heure de retard à leur réunion, pour la simple raison que le bus lui-même en avait une. C’est peut-être la seule chose que j’aurai à reprocher à Austin : son système de bus, même si tout à fait correct, n’est pas toujours au point.

"Fais moi péter ce bus Simone !"

Le soir Hugo, David et moi nous retrouvons chez moi pour regarder un film. Et tandis qu’Hugo, musicien depuis 15 ans, nous fait découvrir une toute nouvelle symphonie qui ne manquera pas de nous émerveiller, je me rends compte que cette année est vraiment partie pour devenir exceptionnelle.

Le lendemain (mais cet article ne finira donc jamais !) Hugo et moi nous lançons à travers la ville en bus pour retrouver un magasin, et sommes assez fier de notre résultat. Nous sommes officiellement devenus des Buskillers. Nous enchainons par un racketball où, cette fois-ci, je terminerais le match sur mes deux jambes. S’ensuit un repas dans une petite pizzeria italienne, où le serveur nous offrira les seuls mots qu’il connaît de français « ça va ? ça va comme ci comme ça ». Pourquoi ? Facile : vous connaissez tous « where is Brian ? Brian is in the kitchen », et bien ici, ils ont la même « Bonjour Jean-Pierre, ça va ? - ça va comme-ci comme-ça. - Oh, et qu’est-ce que tu aimes ? - J’aime la glace. - Quoi d’autre ? – Rien. Juste la glace. », et voilà, nous avons le premier cours de français par excellence.

Nous visitons ensuite le grand Capitole de la ville, bureau du gouverneur du Texas (anciennement Bush), avec des gardes à l’entrée habillés en policiers/cow-boy… assez impressionnant et classe, mais c’est sûrement fait pour.

Et le soir nous attend un grand évènement : une soirée organisée par UT pour fêter la rentrée (nous en sommes la veille). J’attends ce moment avec impatience, car quelques mois auparavant, j’ai reçu un mail me proposant de participer à un concours de vidéo, avec de beaux prix à la clef (le premier se voit offrir un Ipad) ainsi qu’une projection de sa vidéo pour les 5 premiers devant plusieurs milliers de personnes lors de cette soirée.

Déjà, rien que les préparatifs sont impressionnants : milliers de chaises installées en face de la tour, deux écrans géants et enceintes de partout, bref, une organisation de folie. De savoir que ma petite vidéo pourrait être projetée sur ces deux écrans me rend aussi nerveux que la veille du bac.

La soirée commence, et les étudiants arrivent, par milliers… ne sont présent que les premières années, les étudiants en échanges sont également invités, et après qui veut peut se joindre à la fête. Nous avons droit à de longs discours, et des courts métrages de propagande pour la fac. Nous réalisons alors à quel point le patriotisme, le chauvinisme, sont présent ici. Ils sont tous tellement fiers d’être étudiants dans l’Université du Texas… et je ne peux que les comprendre. Je n’ai jamais ressenti ce genre de fierté en France, mais ici j’ai rapidement le cœur gonflé de joie quand je réalise que je vais étudier dans ces superbes locaux pendant toute une année.

Mais quand même, leur patriotisme va un peu loin… la phrase qui reviendra constamment est « Ce que vous ferez ici changera le monde ». Va falloir que je m’en rappelle pendant mon cours de Volley. On dirait presque un coach motivant son équipe la veille d’un match important.

Le concours de vidéo arrive ensuite, et des noms sont appelés. Pas le mien. Déception, je pensais vraiment que ma vidéo était au niveau. Nous voyons ensuite les courts métrages des 5 vainqueurs, et la déception n’en est que plus forte : excepté le premier, qui a fait une superbe vidéo avec des effets spéciaux collant au thème, toutes les autres sont plus faible que la mienne, ne possédant qu’un énorme message de propagande pour l’Université, ce que je n’ai pas fais. La base du concours était simple : une vidéo pas plus longue que 30 secondes, dans laquelle nous intégrons la phrase « Bonjours, je m’appelle … et viens de …, et maintenant que les yeux du Texas reposent sur moi, voici ce que je voudrais qu’ils voient : » et après champs libre. Si j’avais pensé qu’il suffirait de gueuler « Hook’em Horns ! » (Slogan de la fac) en faisant le signe associé avec les mains, j’aurai probablement trouvé un moyen de l’ajouter dans ma vidéo toute française. Bref, j’ai trouvé ça dommage, surtout que sur 5 gagnants, 4 venaient du Texas. Aucun étudiant étranger sélectionné, il n’y a que le vainqueur qui venait d’un autre Etat.

L’énorme fanfare qui suit me fait un petit peu oublier ma déception, et l’immense drapeau du Texas déployé pour marquer le final me rend vraiment incrédule. C’est tellement différent… je n’imagine pas un seul instant un drapeau français déployé sur Paris 8 pour une quelconque occasion… il en résulterait une manif à coup sûr…

(Plutôt gros le drapeau hein?)

Nous concluons cette journée (et cette semaine ! Une semaine en un article ! Qu’est-ce que vous dites de ça ?! Haha ! C’est qui la Tapette maintenant hein ?!) par un bien mérité Burger King, parce que quand même, c’est toujours trop bon.

Demain, c’est la rentrée des classes… demain, il me faudra sans doute plus de lignes pour décrire les journées à venir…

En attendant merci pour votre fidélité et vos petits messages de soutiens, ils me font toujours chaud au cœur… (Une question récurrente concerne ma jambe : cela fait aujourd’hui un mois que l’accident a eu lieu, et la blessure guérit petit à petit, je vais clairement avoir une cicatrice de Warrior, mais tout va pour le mieux).

Plus le temps passe et plus je deviens surbooké, ce qui explique le temps entre les messages. Il devient plus dur de trouver la motivation et surtout le temps d’écrire. Vos messages deviennent cette unique motivation, donc merci à vous !

Et pour ceux que ça intéresse, voici le lien de ma petite vidéo : http://www.dailymotion.com/video/xevcjr_video-contest-texas-vincent-desgrip_fun

Oh, et voici également un lien vers l’album photo, régulièrement mis à jours :

http://picasaweb.google.com/116629063037548651097/AustinTexas20102011#

Vous pouvez le retrouver en haut à droite du blog, dans le petit diaporama d’images. Un clic dessus vous enverra sur le site hébergeant les photos. Attentions aux âmes sensibles, s’y cachent quelques photos de la blessure de guerre…

mardi 7 septembre 2010

L'Homme qui murmurait à l'oreille des 4x4

Dramatis Personae
Vincent Desgrippes : Héros. Sexy, intelligent et drôle. A le pouvoir de dire ce qu’il veut sur son blog.

Hugo Gabignon : Français (Toulouse), étudiant en échange à L’Université du Texas (UT). Aime les ordinateurs, le sport, et les hamburgers. Palmarès : a mi Vincent Desgrippes K.O. en lui explosant un testicule. Est également en recherche d’une personnalité (d’où l’achat de nombreux articles similaires à ceux de V.D.)

David Bastide : Français (Toulouse), ami d’Hugo, étudiant en échange à UT. Aime les ordinateurs, Star Wars, et les hamburgers. Caractéristique particulière : très grand.

Céline Liu : Française (Toulouse), amie d’Hugo et David, étudiante en échange à UT. Aime les ordinateurs, la physique, mais pas trop les hamburgers. Caractéristique particulière : très petite.

Chapitre V : L'Homme qui Murmurait à l'Oreille des 4x4.

Revenu la veille de Houston, je me rends à une réunion d’information pour les étudiants en échange à Austin. J’y retrouve la coordinatrice des échanges internationaux, Kirsten Koester, avec qui j’avais échangé de nombreux mails avant mon départ. C’est elle qui va mener la réunion, en nous expliquant toutes les choses à savoir quand on est un étudiant étranger à UT.
Quelques chiffres : nous sommes 277 étudiants en échange à UT ce semestre. Ce qui peut paraître un beau nombre, surtout quand nous sommes tous réunis dans la même salle. D’un coup on se sent moins exceptionnel…

- « Hey j’suis français ! T’as vu comme c’est cool ?!
- Ah ouais ? moi J’viens de Nouvelle Zélande.
- Moi d’Australie !
- Japon !
- Népal… »

On a tout de suite l’air moins cool face à la concurrence. Le bon côté des choses est qu’il y a 50 000 étudiants Américains à UT, donc au final on a assez peu de chance de se retrouver tous dans la même classe et de ne plus être aussi méga cool qu’on le voudrait. Aussi, la moitié des étudiants en échange viennent d’Asie, ce qui rend les européens encore plus rare. 25 Français en tout, et je pense en avoir rencontré une bonne moitié, mais je n’ai aucun cours avec eux, et les rares fois où je retrouve d’autres étudiants internationaux, ils sont souvent asiatiques (ce qui me va très bien, ici les asiatiques sont tout sauf exceptionnel… et en plus ils se ressemblent.)

Bref, revenons à cette réunion d’information. En rentrant dans la salle, Gustave (un français que j’ai eu l’occasion de rencontrer à un diner franco/américain organisé par l’organisme d’échange parisien) me reconnaît et me fait signe. Je me retrouve rapidement entouré de français, ce qui est loin d’être mon intention première : après tout, j’ai pas fais 8000 kilomètres pour faire ami ami avec des gens habitant dans la même ville que moi !

Du moins, c’est ce que je me disais, mais après une semaine sans prononcer un mot de français (ou alors en m’excusant rapidement après et en rajoutant la traduction anglaise) un peu de francophonie n’est pas de trop… et puis rien de m’oblige à devenir leur pote.

Et pendant toute la durée de la réunion je m’en sors pas trop mal. Je fais quelques connaissances, mais reste assez reclus dans ma rangée de derrière pour ne pas donner aux autres trop d’opportunités pour devenir pote (après tout, c’est chiant de tourner la tête pour parler).

Parmi les points abordés dans la réunion, Kirsten nous parlera notamment du système de santé américain, et du fait que si on a un problème, quel qu’il soit, ça risque de devenir rapidement très chiant, et surtout très cher. Exemple : une journée à l’hôpital peut rapidement coûter 10 000 dollars (7800 euros), qui sont certes en partie remboursés par l’assurance française… quand on leur envoi les papiers. Ce qui signifie que c’est à nous de payer avant (prévoir de cambrioler une banque en cas de maladie).
Bref, la conclusion de cet exposé a été simple : ne pas tomber malade pendant un an. Ne pas finir à l’hôpital. Ça devrait être simple.

**** FLASH FORWARD ****
12 heures plus tard, un peu avant minuit, je suis sur mon vélo, entrain de descendre rapidement une côte pour rentrer chez moi. Je viens de quitter mes nouveaux potes, et suis assez euphorique au souvenir de cette rencontre. Ce semestre risque d’être encore mieux que prévu. La voiture devant moi n’avance plus. Il est trop tard pour freiner, j’essaye de l’éviter, mais je la percute à pleine vitesse de tout mon côté droit. Je vole sur la route, heurte le sol et roule sur quelques mètres. Tandis que la porte du véhicule s’ouvre, mes pensées sont concentrées sur trois points : choc, douleur, sang.
**** END OF THE FLASH FORWARD ****

Simple comme bonjour même !

Je remarque rapidement que les Français sont parmi les seuls à parler pendant certaines présentations… ce qui ne me rend pas très fier. En revanche, trois étudiants juste devant moi ne bronchent pas, sauf pour se murmurer quelques observations. Ils se retournent parfois en rigolant lors de certaines de mes remarques, ce qui leur fait rapidement gagner des points.

Aussi, au moment de quitter la réunion (tout le monde fait la queue pour payer 12 dollars ce qui sera le barbecue le plus cher et le moins fourni de l’Histoire des Etats-Unis), je m’arrange pour me retrouver près de leur groupe. La conversation s’engage rapidement : ils sont tous les trois dans la section « engineering », deux d’entre eux dans les ordinateurs, et la troisième en physique (j’espère ne pas me tromper, sinon je vais me faire taper). Bref, je viens de rencontrer Hugo, David et Céline, étudiants toulousains, et je ne m’en rends peut-être pas compte sur l’instant, mais cette rencontre sera l’événement déclencheur d’une réaction en chaine ayant pour conséquence des moments d’intense joie, d’aventure, et l’extinction de l’univers que nous connaissons aujourd’hui. Quoi que j’exagère peut-être un petit peu sur ce dernier point.

Céline, Hugo et David, heureux de perdre au bowling.

Le fait est qu’une nouvelle connaissance Coréenne (ils sont partout j’vous dis), colloc’ de Céline, nous demandera sur les coups d’une heure de l’après midi depuis combien de temps nous nous connaissons. Elle rigolera lorsqu’on lui répondra « deux heures », et ne comprendra que le soir même que nous ne lui faisions pas une blague. « Mais vous avez l’air de vous connaître et vous entendre tellement bien ! ».

Avant que je quitte la France, plusieurs de mes proches m’ont assurés que je m’attirerais des personnes qui me correspondent. Bien sûr, je l’espérais, mais je n’aurais pu imaginer que cela serait à ce point. Après toutes ces rencontres sympathiques mais somme toute superficielles, me sentir tellement à l’aise dans un groupe quelques heures à peine après l’avoir rencontré me rempli d’une joie incrédule.

Car après tout, je sais que je ne suis pas quelqu’un de facile à vivre pour la jeunesse actuelle : Pas d’alcool (- Oh my Gooood ! But whyyyyy ? – Because it doesn’t interest me to drink… and you can call me Vin’s), pas de cigarette, et pas de cigarettes qui font rigoler. Pas de soirées en boites non plus d’ailleurs, ni d’affections particulières pour les bars bruyants et les cocas de 25cl à 4 euros (bien qu’ici ils soient à 1.50 dollars avec remplissage à volonté).

Bref, je suis probablement le pire étudiant du monde concernant les critères d’amusement moderne, mais j’en tire une certaine fierté. Aussi comme vous vous en doutez, c’est pas super évident de fraterniser avec l’étudiant moyen venu à Austin pour rejoindre les Fraternités (Grandes maisons gérée par des étudiants, très difficile à intégrer (critères d’intégration particuliers demandés, l’un des principaux devant être de boire plus que son poids en alcool), et organisant de grosses fêtes à peu près tout le temps).

Mais comme je vous le disais, sur le moment, je ne me rendais pas encore compte que je venais de rencontrer des spécimens ayant plus ou moins les mêmes goûts que moi. Nous nous décidons rapidement à aller manger dans une cantine tex-mex, où en gros on choisit le type de plat (tacos, burritos, fajitas… pour les différencier c’est assez simple : les tacos vont toujours par deux ou trois et sont de petites galettes qu’on remplit d’ingrédients délicieux, le burrito est une grosse galette pleine d’aussi bonnes choses (mais du genre énorme, pour s’en rappeler faut juste se dire que le burrito bourre), et les fajitas sont des galettes moyenne que l’on remplit également nous-mêmes d’encore plus excellentes choses) et ensuite l’accompagnement. Bref, nous testons tous un plat et partageons nos impressions. Avec mes trois tacos je suis le seul à finir mon repas, assez lentement ceci dit, ce qui nous laisse le temps de faire plus ample connaissance.

Hugo m’apprends qu’il est possible de réserver des salles dans le gymnase du campus pour jouer à différents sports, du coup nous décidons d’en réserver une pour la soirée et de jouer au racketball avec nos deux compères francophone et une poignée de Coréennes (le Racktball ressemble au squash, sauf que la balle rebondit beaucoup plus). Mais n’ayant pas de vêtements adéquats, Hugo et moi nous rendons dans un magasin de sport sur Guadalupe.

La moitié des vêtements fournis sont à l’effigie du Longhorn, ce taureau à longues cornes emblème de l’université. Il est impossible de se promener sans rencontrer quelqu’un portant un tee-shirt ou une casquette le représentant… d’ailleurs Hugo s’achète une tenue de sport complète marqué du sceau des longues doubles cornes du « Bévo ».

Petite observation intéressante : en France, je porte du L. Ici, je pourrais rentrer deux fois dedans. Et probablement inviter une ou deux amies. Je suis contraint d’essayer du S pour trouver un tee-shirt à ma taille… sachant qu’il n’y avait pas de taille en dessous… pourtant, malgré l’idée que l’on pourrait s’en faire, il y a assez peu de personnes en surpoids à Austin, l’étudiant moyen est bien proportionné, et faire du sport est une activité très répandue. Alors pourquoi les personnes d’un gabarit inférieur au mien devraient s’habiller au rayon enfant ? Mystère… bien que j’ai perdu 3 kilos depuis mon arrivé, je n’ai pas non plus la peau sur les os… enfin, pas complètement. (Il va falloir que je commence sérieusement à penser à ce régime à base de hamburgers.)

Nous terminons ce petit moment de shopping par l’achat de belles chaussures de sport (où Hugo, très certainement en manque de personnalité, n’a pu s’empêcher de prendre les mêmes que moi) et nous dirigeons ensuite vers le gymnase pour une petite visite. Je suis le seul des deux à n’y avoir pas encore mis les pieds, et lorsqu’Hugo me prévient que pour me faire une idée de sa taille, je dois imaginer quelque chose d’immense, et que ça sera encore plus grand, j’imagine en effet quelque chose d’immense, en étant persuadé que ça ne peut pas être plus grand.

Mais à Austin, dès qu’il est question de taille, tant qu’on ne l’a pas vu soi-même, on ne peut pas l’imaginer. Et en effet, ce gymnase, je ne pouvais tout simplement pas l’imaginer.

En tant qu’étudiant, nous y avons accès tous les jours de 6 heures du matin à 1 heure… du matin. Nous pouvons réserver les salles tant qu’il n’y a pas de cours, et emprunter le matériel nécessaire au jeu. Le complex est constitué d’un grand hall menant à toutes les salles. Sur notre droite, nous avons accès aux 10 salles de racketball, les unes à côté des autres, où des spectateurs peuvent se loger sur les hauteurs pour voir les étudiants ou professionnels jouer. Les murs de certaines salles sont même constitués de plastique transparent, et l’une de gradin.

Sur notre gauche, nous avons accès à la salle de musculation. Là je m’attendais au même genre de salle dont dispose Paris 8 : relativement petite, basse de plafond, tout en longueur, avec une ou deux machines de chaque sorte. La salle de muscu d’UT est de la taille d’un grand gymnase, avec un champ d’appareils de musculation en tout genres. Mon appareil photo dispose d’un grand angle, et pourtant je n’ai pas pu la prendre en entier d’un seul coup.





Lorsque nous montons les marches menant à l’étage, nous tombons sur la gauche sur un immense gymnase, séparé par trois grand filet blanc qui délimitent trois terrains de basket, ou 6 terrains de volley, au choix. De grands gradins sur les côtés permettent d’en faire une salle accueillant les grands matchs de volleyball interuniversitaire (UT faisant régulièrement parti des finalistes). Au fond se trouve une longue estrade sur laquelle trônent 6 tables de ping pong.



Lorsque nous retraversons le hall, nous tombons sur un nouveau gymnase… deux fois plus grand que le précédent, et possédant donc 6 terrains de basket, ou 12 de volley. Pas de gradin ici, mais une piste de course de compétition en hauteur entourant les terrains au sol.




Les vestiaires sont assez grands pour accueillir une armée d’étudiants avides de suer corps et âme dans le but de se forger une silhouette digne d’Apollon, et lorsque l’on sort de l’autre côté, c’est là que j’ai commencé à sérieusement douter de ma santé mentale: une grande piscine de longueur entouré de transats, précédent une grande piscine de détente, style Club Med… précédent la piscine sportive possédant un filet de volley et des paniers de basket. Oh, et j’oubliais le jacuzzi. Et la grande piscine intérieure. Et le saunât. Et je ne plaisante pas.


Des petites crises de rire d’incrédulité me prennent au fur et à mesure que je découvre tous ces éléments à la disposition complète des étudiants. J’avais entendu dire que UT était la première fac des Etats-Unis concernant le sport, et aujourd’hui je commence à comprendre pourquoi. Les couloirs du gymnase sont décorés de centaines de photos synonymes de victoires pour différents sports, des vitrines pleines de coupes en tout genre rappellent constamment aux étudiant qu’ils s’entrainent dans un gymnase de winners… et les incitent à en faire partie.

L’heure tourne et nous retrouvons rapidement nos camarades pour découvrir ensemble le racketball. Nous sommes 7, et avons donc réservé deux salles. Pour ceux ne connaissant ni le racketball ni le squash (ce qui était mon cas), c’est un sport de raquettes pouvant se jouer à 2, 3 ou 4, dans une petite salle fermé où tous les murs (y compris le plafond) font partie du jeu. Le but étant (lorsque nous ne connaissons pas les règles, ce qui est notre cas) de faire rebondir la balle le plus fort et le plus virilement possible dans tous les coins de la pièce, puis de pousser quelques cris de bêtes en frappant des mains sur le sol. Après plusieurs mois sans sport, nous nous accordons sur le fait que cela fait un bien fou.

Dès le lendemain, Hugo et moi essayerons de jouer selon des règles trouvées sur internet, ce qui donne clairement un nouvel intérêt au jeu. En revanche, probablement frustré par sa défaite lors du premier set, Hugo ne pourra s’empêcher d’utiliser un vicieux rebond sur un mur de la pièce pour m’atomiser le testicule gauche. Et il me semble ne jamais avoir reçu un coup à cet endroit avec une telle force... et une telle précision. Lorsque l’on dit de viser les bijoux de famille lors d’un combat, c’est pas des conneries ; il est clairement impossible de bouger de la position fœtale pendant les premières minutes, et également impossible de marmonner autre chose que « putain… » « aaaaah… » et « aaaah putain… » pendant celles qui suivent. J’ai clairement été knock out pendant 45 minutes, ce qui a terminé le match, avec pour conséquence ma volonté de prendre ma revanche le soir même au bowling… Hugo ne perdait rien pour attendre… le bowling est un sport où je sais être très précis aussi…

Mais revenons à la journée précédente, et notre partie de racketball dont je suis sorti avec une virilité intact, voir même renforcée (une légende rependue parmi l’étudiant moyen est de croire que taper fort dans une balle devant une fille pour l’impressionner renforce le taux de globules masculines dans le sang… c’est partiellement vrai.)

Nous nous dirigeons vers un fast food nommé Whataburger pour déguster un gros hamburger bien mérité. Il me semble qu’aucun de nous n’arrive à terminer son repas, ou alors très difficilement. Nous testons les différentes boissons disponibles dans le « free refill », et échangeons à nouveau nos impressions sur les hamburgers choisis. Encore une fois ici, la liste de choix était longue comme nos bras réunis, j’ai donc à nouveau demandé lequel était la spécialité du restau… étrangement, c’était à nouveau le plus cher… mais encore une fois, ça valait le coup.

Nous nous séparons ensuite, avec la promesse de se retrouver le lendemain matin à la piscine de l’université, et éventuellement y jouer un peu de volley.

J’enfourche mon vélo, l’esprit clair et heureux. Pour la première fois, je viens de me faire de vrais potes, et à la fin de cette journée nous avions l’impression de nous connaître depuis des années.

Je perds mon sourire lorsque je me rends compte que le gros 4x4 devant moi n’avance plus. Je n’ai plus le temps de freiner, alors j’essaye de l’éviter en donnant un coup de guidon vers la gauche, mais la vitesse accumulée par la descente dans laquelle nous nous trouvons m’empêche de dépasser l’arrière du véhicule. L’avant du vélo frôle le clignotant arrière, et le dépasse, mais tout le côté droit de mon corps percute violemment la voiture, et la vitesse me fait m’envoler par-dessus mon vélo. Je heurte la route au niveau de la portière du conducteur et roule quelques instants par terre. Par chance, il est 23h, et aucune voiture n’arrive derrière au moment de l‘impact.

Ma première pensée n’est pas « j’espère que je n’ai rien de cassé », qui est ma deuxième pensée. Ma première pensée, très stupidement, survient lorsque le conducteur ouvre sa portière : je me demande alors si il va m’engueuler, car je n’ai aucune idée de ce qui vient de se passer : pourquoi cette voiture s’est-elle matérialisée à l’arrêt devant moi ? Est-ce de ma faute ?

Le temps que le conducteur descende, je fais un rapide check-up : j’ai mal un peu partout, mais rien ne semble cassé. Ma tête n’a heurté ni la voiture, ni le sol. Mon bras et ma jambe droite sont douloureux et couverts de poussière noire, mais par chance mes mains ne sont que légèrement égratignées. Je me relève en tremblant, prend mon vélo encore gisant au milieu de la route et boitille jusqu’au trottoir. Entre temps j’entend le conducteur s’exclamer avec un accent mexicain « I’m so sorry, are you alright ? ». Bon, premier point positif : il va pas m’engueuler.

Je lui réponds rapidement que oui, je me sens bien. Encore tremblant du choc, mais plutôt bien. Je pense même reprendre immédiatement la route, vu qu’il ne reste que 5 minutes jusqu’à chez moi, j’aurai le temps de faire l’inspection des dégâts sur place. Cependant, le conducteur, se présentant au nom de Virat, m’en empêche et me demande d’attendre quelques minutes pour être sûr que je vais bien. Et il a fichtrement raison, car trente secondes plus tard, je commence à me sentir mal. Il remarque que j’ai une plaie à la jambe que n’avais pas vu. Elle saigne un peu et semble profonde, avec plein de terre dedans.
A ce moment, je me sens de moins en moins bien, et il me propose alors de me chercher quelque chose à boire, ce que j’accepte rapidement. J’ai besoin de sucre ; je suis entrain de faire un malaise.
Probablement le fait de réaliser que je viens d’avoir un accident, que je suis blessé… bref, le contre choc, et il est pas génial à vivre : je me sens nauséeux, ai la tête qui tourne et l’envie de vomir qui monte. Il me fait asseoir à l’avant de son 4x4 le temps d’aller acheter une boisson, durée pendant laquelle je fouille dans mon sac à dos pour en sortir un sac plastique (si je dois vomir, autant que ça soit le plus dignement possible).

Au final, mon estomac arrive à contenir la révolte de Whataburger furieux, et les minutes passant je me sens de mieux en mieux. Il revient rapidement avec un smoothie et des barres de céréales, s’excusant à nouveau plusieurs fois. Apparemment, un piéton a traversé devant lui sans utiliser de passage piéton, et il a donc freiné en prévention sans vérifier s’il y avait quelqu’un derrière. Il se sent responsable, ce qui me va très bien, et propose de m’amener à l’hôpital, ce que je refuse vigoureusement : la leçon reçu le matin même a servie, pas question de payer ! Mais il dit que les frais seront à sa charge, ce qui est très généreux de sa part. Virat le Gentleman, Virat le Généreux. Il n’empêche que je n’ai pas envie de passer les heures suivantes dans un hôpital pour une blessure à la jambe. Je l’examinerais moi-même, et si j’estime qu’il y a besoin de l’avis d’un docteur, j’appellerais mon nouveau super pote pour payer tout ça, ce qui (selon ses dires) lui ferait vraiment plaisir. Virat le Sauveur.

Il met mon vélo dans son coffre et me dépose chez moi, insistant à nouveau pour que je l’appelle si jamais je devais avoir une quelconque dépense.

Une fois chez moi, avant de nettoyer la plaie, je veux en prendre une photo, en souvenir. C’est là que je me rends compte que mon réflex numérique n’est plus dans mon sac. J’essaye de me rappeler où j’ai pu le mettre, puis me remémore l’accident : j’ai tout d’abords fouillé dans mon sac sur le trottoir pour y chercher un sac plastique, puis dans sa voiture. J’ai du déposer l’appareil photo dans l’urgence des recherches… pitié, pas sur le trottoir…

J’appelle Virat en urgence, lui demande s’il voit un appareil photo à côté de lui. « Let me see… actually, yes ! It’s here ! I’ll bring it back to you right now. » Virat L’Honnête Homme.

Une fois ma photo prise, je regarde ma plaie d’un peu plus près : elle est vraiment sale, et profonde. Je pensais disposer des produits nécessaires à la nettoyer, mais après un premier passage je vois que ça va clairement pas être assez. Une rapide recherche google, et je vois qu’une pharmacie se situe à 10 pâtés de maison de chez moi. Sachant que les pharmacies sont ouvertes 24h/24, je m’y rends à pied, ce qui me prend une quinzaine de minutes.

Pendant ce trajet, je repense un petit peu à l’accident, et des détails commencent à me revenir. L’un d’eux m’amuse tout particulièrement : un SDF m’a vu percuter la voiture, et s’est aussitôt dirigé vers nous. Il est arrivé à mon niveau au moment où j’ai commencé à me sentir très nauséeux. Il m’a alors demandé si j’allais bien. N’ayant pas envie de rentrer dans les détails, je hoche la tête et lui répond que oui. Il enchaine aussi net en disant « Ok cool. T’aurais pas un peu de monnaie par hasard ? ». A ce moment là, cela fait une minute que je viens de percuter une voiture, sur laquelle je m’appuie difficilement, je suis sans doute blanc comme un linge, entrain de saigner et avec une forte envie de dégueuler, et ce mec se pointe et me demande mon fond de porte feuille. Sur le coup ça ne m’amuse que très moyennement, et je refuse avec un petit peu d’incrédulité dans la voix… ce qui ne l’empêche pas de s’en retourner vers Virat pour lui demander à son tour quelques pièces. Une demi heure plus tard, cela me met de très bonne humeur tandis que je rejoins la pharmacie.

Une fois sur place, j’achète un puissant désinfectant, et une crème de soin sensée nettoyer la plaie. Je me perds dans les rayons de cette pharmacie géante ressemblant à un supermarché, où le client met lui-même les produits dans son panier.

J’achète également une boite de pansement waterproof, avec en tête l’idée de la piscine du lendemain.

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De retour chez moi, je me mets à nettoyer consciencieusement ma plaie. Hors de question qu’en plus de me bouffer une bagnole j’ai à subir une infection ! ça m’ennuierait particulièrement de me faire couper la jambe. Je rase tout d’abords à la tondeuse toute la partie entourant la plaie, pour éviter que des poils ne se collent constamment à l’intérieur. Des morceaux de peau et de chair pendouillent à certains endroits, particulièrement peu élégants, et je n’ai aucune envie qu’ils se mettent à cicatriser pardessus, surtout que leur couleur a viré au noir. Je stérilise donc un puissant ciseau neuf, et après deux grandes inspirations je coupe les deux morceaux indésirables.

Je me souviens que 6 ans auparavant, lors d’une opération similaire sur une surface beaucoup plus petite, l’idée seule de me faire couper un bout de chair au ciseau par une personne non qualifiée m’avait donné un léger malaise. Aujourd’hui, je souris devant le sang froid qui m’occupe. Le fait de manier le ciseau m’aide à me sentir maitre de la situation, et aucun malaise n’essayera de s’infiltrer en douce.
Je place ensuite ma jambe dans la baignoire, et utilise le désinfectant à la manière d’un jet directement sur la plaie, faisant mousser les parties sanglantes. Vient ensuite le moment qui m’inquiète le plus : le nettoyage. Bien entendu, un jet ne suffit pas à nettoyer tout ce qui s’est incrusté à l’intérieur, et il va donc falloir que je frotte fort pour vider la plaie de la moitié de route qui y a élu domicile. Je commence par retirer un à un les poils coupés tombés dedans, ce qui n’est pas la partie la plus réjouissante (fouiller dans une plaie à la recherche de poil incrustés dans le sang avec pour seule pince des ongles plus où moins longs). Une fois ceci fait, je frotte vigoureusement, pendant une dizaine de minutes, à la manière d’un collectionneur nettoyant sa belle Porsche. Bien sûr, ma plaie est loin de ressembler à une Porsche (elle n’a pas de roues), mais une fois l’opération terminée, je suis plutôt fier de moi. J’y applique finalement la crème magique, et vais me coucher en me disant qu’en fonction de la couleur qu’aura la blessure le lendemain, j’irais peut-être à la clinique de la fac, juste pour être sûr que j’ai bien fait tout ce qu’il faut.

*** FIN DU PASSAGE SENSIBLE, LES MAUVIETTES PEUVENT RECOMMENCER A LIRE ***

Je m’endors assez rapidement, mais me réveille sur les coups de 4 heures à cause de la douleur. Une poignée d’heures plus tard, je me lève, et vérifie les dégâts. Je ne sais pas si je dois être fier ou inquiet de mon œuvre ; il y a là toutes les couleurs de l’arc en ciel, plus le blanc. Je me décide finalement à aller à la clinique de la fac, tant pis pour la piscine.

Une fois dans le bâtiment médical, une rapide discussion avec une secrétaire et quelques formulaires remplis plus tard, je me retrouve dans une pièce avec deux infirmières m’appelant « Darling », « sweet heart » et « dear » et une charmante doctoresse. Toutes s’accordent à dire que j’ai fais du très bon boulot, mais qu’il faudrait faire une piqure de tétanos au cas où (mon fichier n’indique pas de piqure récente) et brosser un peu la plaie pour essayer de faire sortir ce que l’on prend pour un débris (sur lequel je me suis acharné la veille sans arriver à le faire sortir).

Je me prépare à subir un calvaire lorsqu’une infirmière sort une éponge rugueuse d’un sachetnplastique, et m’amuse en voyant l’autre essayer de me distraire en me massant délicatement l’épaule au niveau de la piqure et me racontant ses vacances en ski dans les alpes. Au final, ni mon égo ni ma virilité n’auront soufferts de ces 5 minutes de brossage, juste ma jambe, mais serrer les dents et contrôler ma respiration aura été suffisant pour prévenir tout cri de fillette. Le plus drôle dans tout ça est que le débris n’en était pas un, juste une coloration de la peau après un frottement. Haha. Ce qu’on peut se marrer dans la clinique de la fac.

Drôle aussi le moment où je vais payer ma note. Durant l’année scolaire, voir un médecin à la clinique ne coûte que 5 dollars, ce qui est super vu le coût des soins médicaux aux Etats-Unis. Sauf que l’année scolaire ne commence que deux jours plus tard. Haha. Je dois payer 60 dollars au lieu de 5. Hahaha. Hilarant. Oh, et la piqure de tétanos ? 70 dollars. Haha. Haha. Qu’est-ce qu’on se marre. D’ailleurs ils ne savent pas si mon assurance française va me rembourser. C’est trop d’humour pour moi en un seul coup, je prends donc congé après avoir payé.

Mais je m’en vais avec la pensée rassurante de Virat proposant de couvrir les frais. Virat avait l’air de gagner correctement sa vie, cela ne devrait pas poser de problème. Je l’appelle donc et lui explique les évènements de la mâtinée. Il accepte en demandant à voir les factures. Pas de problème. Virat L’Homme de Parole.

Je rejoins ensuite mes nouveaux potes à la piscine, et apprécie quelques instants les yeux écarquillés devant le gros bandage qu’ont confectionnés les infirmières. Bandage qui m’empêche de me baigner par ailleurs, mais c’est un faible prix à payer quand l’alternative est d’impressionner une brochette de filles en maillots de bain.

Je reste ensuite avec Hugo et David pour le repas, sur le chemin duquel Virat m’appelle. « Allo Vincent ? ça va mieux ? Dis, en fait, je vais pas pouvoir payer. Nan, ça va pas être possible. Désolé, et bonne chance hein ! Salut ! ». Virat le Traitre. Virat le Bâtard.

Reste plus qu’à espérer que l’assurance française couvrira les frais… une fois rentré en France. Haha. En tout cas cette aventure m’aura permis de réaliser qu’à vélo on est tout sauf invincible, et qu’acheter un casque n’est pas juste une option pour les blaireaux qui veulent bousiller leur coupe de cheveux… si je n’avais pas donné ce coup de guidon, mon visage non protégé aurait percuté le coffre du 4x4, et j’aurais alors certainement moins fait le fier devant les filles…

Mais quand même, c’est chiant… j’vais avoir l’air con avec les cheveux plats…

samedi 28 août 2010

Allo Houston ? … No problem here. How are you ?

Pour la première fois depuis mon arrivée à Austin, je me réveille avec la véritable lumière du soleil, sur les coups de 7h. C’est ma première nuit complète, excusez du peu ! C’est également le jour de ma première douche chaude, ce qui est loin d’être rien non plus (l’astuce étant d’attendre 5 minutes que l’eau chaude arrive…). J’en profite d’ailleurs pour y rester assez longtemps et transformer ma salle de bain en piscine municipale (je n’ai pas encore de rideau de douche, et la hauteur de la baignoire fait penser qu’elle a été construite pour des nains… ou plus vraisemblablement des personnes en surpoids).

Je sors de la douche, et soudain : blackout ! Je me retrouve assis dans la salle informatique du campus, sans comprendre comment j’ai atterri ici. Plusieurs heures ont passées, mais impossibles de me rappeler ce que j’ai bien pu faire… et je n’ai certainement pas cette pensée étrange deux semaines plus tard, assis derrière mon Mac entrain d’écrire ce blog. Non, certainement pas. Haha.

Et tandis que j’écris quelques mails à différentes personnes de la fac, Renée me propose de partir le soir même pour Houston, à 3h de route d’ici, chez la famille d’une de ses amies qui va bientôt partir pour Los Angeles. J’hésite ; demain commence le weekend d’orientation pour les étudiants étrangers, ça la foutrait mal que je le loupe. Elle ajoute que la mère de sa copine cuisine comme une déesse. Alors j’accepte. Sans trop de remords.

Vers 19h nous embarquons dans sa voiture. Enfin… « voiture » est un bien grand mot. De mon côté je préfère l’appeler « brouette ». Elle est grande, bleue, vieille, avec deux places à l’avant et possède un de ces grands coffres ouverts à l’arrière, comme une remorque imbriqué dans la voiture. Le devant de l’engin est défoncé, certaines parties ne tenant qu’avec de la corde, le clignotant gauche ne marche plus (elle doit sortir son bras pour faire signe), et il n’y a pas la clim. Par contre les stickers « Obama » décorent plutôt bien l’arrière du véhicule, donnant un peu de sourire à ce charmant tas de ferraille.

A l’intérieur, il fait la chaleur d’un four au soleil, voir même un peu plus. J’ai pris pour pari avec Renée de réussir à faire cuir des œufs au bacon sur son capot. Et j’ai clairement toutes mes chances…

Nous nous mettons en route, fenêtres grandes ouvertes pour pouvoir respirer. Rapidement, toute conversation devient impossible à cause du bruit du moteur et du vent qui s’engouffre dans la voiture. La circulation dans Austin est plutôt intense, et Renée a souvent besoin de passer la tête par la fenêtre pour hurler quelques « Asshole ! » « Jerk » ou, plus rarement « Mother fucker ! ». Être en voiture avec une Américaine est une véritable leçon sur les subtilités de la langue de Shakespeare, et je me prend rapidement au jeu (après tout, sans la pratique, on n’arrive à rien.)

Une fois sorti de la ville, le paysage qui s’offre à nous est typiquement américain : une route qui s’étend vers l’infini, avec très peu de vie aux alentours. Quelques forêts, fermes, et rares villages ponctuent notre trajet que vient éclairer d’un doux rougeoiement un couché de soleil dément. S’il n’y avait pas cette foutu radio à moitié pété dont les aigus me vrillent les oreilles, la scène serait parfaite.


En revanche, une fois la nuit tombée, il n’y a plus grand chose à admirer. Nous nous arrêtons 2 heures plus tard pour casser la croute. Surtout pour moi en fait, vu que Renée a déjà mangé un Hamburger en roulant (en m’expliquant bien les règles de dégustation d’un hamburger à 80km/h). Nous sommes sur le parking d’un fast food, ou la serveuse très fatigué, après un conseil de ne jamais travailler dans un tel restaurant, me tend le hot dog commandé. Mon tout premier.

Je me souviens de ce moment comme si c’était hier… et là j’étais parti pour écrire une description exagéré de la découverte gustative de ce premier hot dog, mais certains d’entre vous ont l’esprit tellement mal placé que mes métaphores saucissesques n’auraient sûrement pas manqué d’attirer les commentaires les plus salaces de votre répertoire. Et ça, voyez-vous, je ne peux l’approuver sur ce blog. Bande de gros dégueulasse.

Passons donc sur ce qui aurait pu être un exercice de style sur la découverte de nouvelles saveurs (franchement hein, si seulement vous appreniez à vous contrôler on aurait pu s’amuser un petit peu ici). Disons simplement que c’était bien bon, et que cette première expérience de saucisse fourrée m’aura donné envie d’en connaître d’autres, de toutes tailles et saveurs (bien qu’il soit connu que concernant les hot dog, ce n’est pas la taille qui compte, mais le goût).

Nous reprenons ensuite la route, mon estomac à la limite de la gueulante (même si le hot dog était bon, il reste semblable à un convois exceptionnel sur une route lors d’un retour de weekend), et l’amie de Renée chargée de nous héberger, Hayley, nous informe que sa mère ne cuisinera pas ce soir, mais qu’elle nous a acheté 4 pizzas (pour 3) et que même si on a pas faim il serait de bonne mesure de se forcer.

L’idée seule de manger une pizza maintenant n’étant pas loin de me faire plonger dans une dépression nerveuse, je me prépare 36 scénarii pour refuser poliment une telle gentillesse. Le plus crédible d’entre eux étant que les français sont allergiques aux pizzas.

Nous arrivons à destination sur les coups de 22h30. La mère d’Hayley nous accueille dans un cri de joie (elle connaît bien Renée). Elle est en pyjama, et a attendu que nous arrivions avant d’aller se coucher. Elle m’accueille comme faisant parti de la famille, avec une grande accolade (le fameux « hug » Etasunien, qui remplace la bise française pour les gens qui se connaissent). Elle s’efforce également à prononcer mon prénom à la française, apparemment briefé par Hayley durant la soirée, ce qui donne approximativement « wouincent ! », mais l’effort me touche beaucoup (j’ai rapidement abandonné l’idée de me présenter à la française, devant les mines perplexe de mes interlocuteurs, et prononce mon prénom à l’américaine « Vinecèn’t », en revanche quand on me demande mon nom de famille, ça devient plus complexe, vu qu’il ne se prononce pas à l’américaine, donc en général je leur offre une version française, puis devant leur incapacité à le répéter je leur traduit simplement « The flus »).

Une petite parenthèse sur les prénoms. Aux Etats-Unis, je rencontre beaucoup plus de monde qu’en France, l’excès de sociabilité étant implanté dans leur culture (ou disons plutôt, ce qui en France passerait pour un excès de sociabilité, vu que pour eux, nous sommes froids et prétentieux… et quand je compare Paris à Austin, globalement je suis pas loin de rejoindre leur avis). Bref, beaucoup plus de monde à rencontrer. Et j’ai toujours été nul pour retenir les prénoms, ce qui pose un réel problème ici. Par exemple lorsque le deuxième jour j’ai rencontré un de mes voisins, où on s’est juste croisé en se souhaitant mutuellement la bienvenue, on a également échangé nos prénoms. Mais lorsque le lendemain, en me croisant, ce dernier me lance un « hey salut Vincent ! », je suis surpris du fait qu’il se souvienne du prénom, et honteux de ne pouvoir répondre qu’un « hey salut… voisin… what’s up ? ».

Depuis, j’essaye d’associer à chaque nouveau prénom un rappel mnémotechnique. Vu qu’un quart des gars que je rencontre s’appellent Jason, et un autre quart David, je n’ai qu’à me rappeler que ces bonhommes vont dans telle ou telle colonne. Mais quand il s’agit de Hayley par exemple, cela devient un peu plus complexe, et je dois alors m’imaginer entrain de saluer le célèbre Bruce Lee pour m’en rappeler… « Hey Lee ! ». Etrangement, plus c’est stupide, et plus ça marche. Depuis, je deviens un tueur sur le souvenir de prénom (ça veut dire que j’en retient à peu près un tiers, ce qui est énorme pour moi, surtout vu le nombre de rencontres).

Continuons de profiter de cette passionnante parenthèse pour parler un petit peu du « how are you ? ». Cette question que toute personne a normalement apprise dans ses jeunes années se révèle ici un petit problème, pour la simple raison que les américains l’utilisent tout le temps. C’est à dire que tout inconnu que l’on croise et qui nous dit bonjour enchaine automatiquement par « how are you ? ». Imaginez-vous par exemple à la caisse de Carrefour, et cette caissière a l’air déprimée que vous n’avez jamais vue auparavant démarre la conversation par « Salut ! ça va ? » … « Oh, salut ! … ça va bien, merci… » et la politesse voudrait certainement que j’enchaine par « et vous ? », sauf que moi, je m’en fout un peu de savoir si elle va bien ou pas, j’ai juste envie de payer mon lait et d’aller me coucher. Et si jamais elle me répond « pas vraiment, c’est pas trop ça en ce moment, mon mec m’a quitté pour cette grognasse aux gros seins ! J’y crois pas, qu’est-ce qu’il peut bien lui trouver ! Ok j’ai peut-être pas une aussi grosse poitrine, mais c’est pas ça qui compte, pas vrai ? J’veux dire, la beauté d’une femme réside surtout à l’intérieur, mais cette nana a l’intérieur d’un œuf pourri de 8 mois ! Vous êtes pas d’accord ?! »

Et là, la politesse voudrait certainement que je dise « si si, olala ma pauvre dame ! Qu’est-ce que je vous plains ! », sauf qu’évidemment, la seule réponse correcte dans ce genre de situation serait « J’sais pas trop… j’veux dire, quand même… les seins, c’est important… » Et là je vous laisse imaginer le scandale. A ce niveau je préfère encore la France où on peut garder ses préférences sexuelles pour soit.

Mais heureusement, comme disait notre coordinatrice des échanges étrangers, il est fort rare qu’à la question « how are you ? » quelqu’un répondre « arh ! j’ai eu une journée de merde ! j’te raconte ? ». La réponse attendue reste bien évidemment « bien, merci ». Ce qui surprend un peu également est que cette phrase est tellement considérée comme un salut, que parfois les gens ne répondent pas, ou n’écoutent pas la réponse. « How are you ? » « Oh I’m fine, thank y… » mais le bonhomme a déjà continué son chemin.

Bref, fermons ici cette petite parenthèse de culture américaine, pour retrouver Hayley et sa maman. Hayley m’offre également un chaleureux « hug » (et si ces messieurs connaissaient la dite Hayley, ils en seraient jaloux et aimeraient bien que le hug soit instauré dans la culture française). Nous nous connaissions de nom, par Renée interposée, mais elle m’accueille comme un véritable ami. Inutile de dire qu’être reçu de la sorte par une famille après avoir traversé un océan et être sous un effet de décalage horaire émotionnel, ça fait un bien fou. Je suis apparemment ici chez moi, et chez moi, bah c’est une énorme villa avec piscine et jacuzzi. Inutile de vous dire que je suis content d’être là, ici, chez moi.

Par chance, la mère d’Hayley (dont je ne me rappelle pas le prénom… voyez l’efficacité de mes moyens mnémotechniques…) n’attend pas de nous voir engloutir les pizzas avant d’aller se coucher, ce qui me permet de tirer au flanc et simplement regarder mes deux compagnes se rassasier. Anxieuse de me voir manger, Hayley me propose toutes sortes d’aliments qui semblent jaillir de la corne d’abondance qu’est leur frigo américain. Lorsque je lui demande des fruits, elle m’offre un quart de pastèque. Le chant de victoire des ouvriers de mon estomac résonne jusqu’à ma cavité buccale. Etrangement, c’est un chant russe.

Bientôt minuit à l’horloge, il n’est pas trop tard pour un bain dans la superbe piscine construite par le beau-père d’Hayley, ainsi que tout ce qui va être notre chambre d’ami et le jardin d’une manière générale. C’est mon premier bain des vacances, et honnêtement, même en Malaisie je n’ai pas connu une eau aussi chaude. Lorsqu’il fait entre 35 et 40 tous les jours, l’eau reste à une température constante de 32 à 34 degrés. Au milieu de la nuit, ce n’est pas dérangeant, à l’inverse de la journée où l’on cherche plus à se rafraichir. Ici, c’est juste parfait, et nous détendons deux bonnes heures, jusqu’à avoir la peau des doigts aussi vallonné que les routes de Corse.


Renée et moi prenons ensuite place dans la chambre d’ami, qui est une sorte de salle des fêtes au thème de la plage paradisiaque. Il faut savoir que la famille d’Hayley possédait une maison de campagne sur l’une des plages du Texas (pas si paradisiaque que ça la plage, celles du Texas étant réputés pour être dégueulasses… et la fuite de pétrole dans le golfe du Mexique n’a pas exactement été l’événement idéal pour changer cet état de fait). Bref, le fait est que j’ai employé le passé pour parler de leur maison, tout simplement parce qu’après le passage de Ike, ouragan qui a fait des ravages il y a deux ans de cela, ils ont retrouvé leur maison quelques kilomètres avant sa position d’origine. Attristés de ne plus avoir de plage, ils ont décidé de se construire leur propre « private beach » dans leur jardin, et le résultat est vraiment impressionnant… et certainement mieux que l’original.

Nous nous écroulons de concert à 3h du matin, et sommes réveillés par le beau-père d’Hayley dans la mâtiné, alors que ce dernier est entrain d’effectuer de nouveaux travaux d’aménagement avec son équipe de jardiniers. Une fois rendu dans la cuisine, nous découvrons que sa mère a acheté 4 différentes boites de 6 beignets. Nous sommes toujours 3. J’en mange un et hoche silencieusement la tête lorsque la salle des machines me prévient que c’est suffisant.

J’ai oublié de présenter le chien de la famille. Ce dernier, un petit gros (on dirait une boule) nommé Pig (« cochon », je n’ai jamais vu un chien porter aussi bien son nom), sourd de naissance, est l’un des chien les plus adorables qu’il m’ait été donné de rencontrer. Gros patapouf qui aime bien jouer tant qu’il n’est pas fatigué, qui ne s’entend pas aboyer et croit qu’il est menaçant alors qu’en fait pas vraiment, et qui ronfle comme mon père (désolé papa…). Lors d’une séance photo où je me suis allongé par terre pour avoir une contreplongée de l’adorable monstre, ce dernier s’est rué sur moi, cavalant de ses nombreux kilos sur tout mon corps avant de balancer un coup de langue sur l’objectif de mon reflex numérique, pour finalement finir sa course la truffe enfouie dans mon cou à la recherche de caresses.


Nous visitons dans l’après midi un vieux village américain préservé, mais clairement touristique. Il est vrai que je me sens par moment dans La Petite Maison dans la Prairie, en particulier près du vieux bureau de poste. J’y découvre également la véritable limonade américaine (qui, à la différence de la française, n’est pas pétillante, mais juste une eau citronnée… 1 dollar le litre, ce qui n’est pas de refus par cette chaleur, excellent pour s’hydrater). Nous enchainons ensuite par un Hard Rock Café dans le downtown de Houston, où trônent des guitares, vestes, accessoires ayant appartenus aux plus grands musiciens de pop rock. Impressionnant.

Mes compagnons s’en retournent ensuite dans leur banlieue, et je reste devant le café pour retrouver Hannah, avec qui je vais passer la soirée et la nuit, chez sa famille (eh oui, si vous avez suivis vous vous rappelez sans doute qu’elle était retourné à Houston pour retrouver sa famille.) Nous nous rendons dans un restaurant espagnol où un groupe est sensé jouer et danser du flamenco. Notre table est la première devant la scène, et la prestation du groupe est tout simplement magnifique. Trois musiciens (le père et ses deux fils) et une danseuse superbe dans sa grande robe à froufrous, les castagnettes aux mains. Je ne savais pas à quoi m’attendre en acceptant la proposition d’Hannah, mais la musique que ces trois bonshommes étaient capables de produire, accompagnés des pas de danse rapides et gracieux de leur compagne m’a pris aux tripes pendant toute la durée du spectacle, à un tel point que le père a remercié l’enthousiasme de la première table (nous y étions 4 à applaudir à tout rompre).

Le repas terminé, nous nous dirigeons dans la ville de banlieue où réside la famille de mon amie, Sugarland. C’est une banlieue riche, et avant de nous rendre au quartier résidentiel, nous restons un moment dans le centre ville à savourer une glace dans une boutique où le client se confectionne lui-même la glace de ses rêves, puis paye ensuite au poids.

Hannah ne connaissant que trop bien le centre, elle m’annonce de but en blanc qu’il n’y a rien d’intéressant à y faire, à part peut-être quelque chose de pas vraiment commun…

Ma curiosité piquée, elle m’emmène dans l’avenue principale et m’ordonne d’avoir l’air le plus naturel possible… tandis qu’elle nous fait rentrer dans l’hôtel le plus luxueux de la ville. Notre style vestimentaire étant en dessous de la normal, nous devons avoir l’air parfaitement à l’aise dans l’immense hall de l’hôtel, et nous diriger comme si nous savions où nous allions, à savoir vers l’ascenseur. Ne possédant pas de clef, nous ne pouvons pas actionner ce dernier, et nous attendons donc, cachés, qu’un client monte dans sa chambre. L’un d’entre eux, un peu éméché, se pointe alors et nous permet de nous rendre jusqu’au 3ème. Nous montons les 6 étages restant par l’escalier, et poussons la lourde porte marquée d’un panneau « strictement interdit au public » nous conduisant au toit de l’hôtel.

Du haut de ces 10 étages, la vue de Houston et ses banlieues est magnifique, surtout de nuit. Nous apprécions un moment le panorama, puis Hannah m’annonce que ce n’est pas fini. Nous traversons le toit, enjambant tuyaux et machines en tout genre, pour arriver devant la petite tour de l’hôtel servant d’accroche à l’énorme panneau lumineux contenant le nom de l’hôtel en lettres de feu. Derrière cette tour, haute de 15 mètres sur 10 mètres carré de base, se trouve une échelle de barreaux accrochés au mur. Hannah me les montre du doigt en souriant devant ma mine déconfite.

Ok, je vous prend à l’accrobranche n’importe quand, ça me dérange pas de me jeter dans la vide à 30 mètres du sol accroché à une corde, mais devant une échelle de 15 mètres non sécurisé, j’avoue avoir les pétoches. Cependant, comme le dira Hannah un peu plus tard, faut vraiment le vouloir pour tomber d’une échelle (accrochée au mur, je répète) à moins d’être sujet à un sérieux vertige, ce qui n’est pas mon cas.

Un par un, les barreaux défilent sous mes pieds, tandis que je monte lentement. J’arrive finalement au sommet, et me tourne pour attraper Hannah dès qu’elle est à portée. Je me rends compte que je n’ai pas tant peur pour moi, mais surtout pour elle.

Nous réalisons alors que les rebords du toit ne sont hauts que d’une vingtaine de centimètres. Hors de question de se déplacer debout, la distance jusqu’à la rue arrive même à me donner le vertige. Nous rampons donc à 4 pattes jusqu’au bord opposé, et nous asseyons là, assez proches pour se sécuriser l’un l’autre, et apprécions alors cette vue fantastique deux heures durant, en parlant de tout et de rien, mais bien conscient de l’extraordinaire moment que nous sommes entrain de partager. Lorsque la police patrouille sur le parking de l’hôtel, vérifiant que personne ne s’est incrusté sur le toit pour fumer, ou pour d’autres activités aux performances un peu plus physiques, nous ne prenons même pas la peine de nous aplatir : il n’y a que la nuit noire derrière nous, aucune chance pour nos silhouettes de se découper sur l’horizon.

Au bout d’un moment je réalise que le sol est couvert d’une couche de poussière noire qui n’a pas manqué de recouvrir chaque parcelle de notre corps en contact avec lui. Les pieds d’Hannah semblent porter des chaussures montantes, alors que cette dernière est pieds nus.

L’heure tourne, et nous nous décidons finalement à rentrer.

Monter une échelle non sécurisée est une chose, la descendre en est une autre. En particulier le fait de se retourner par 15 mètres de vide. J’insiste pour passer le premier, histoire de ne pas l’emporter avec moi si je chute. Bien évidemment (et heureusement) je ne chute pas. Une fois en bas, je me place de manière à essayer de la rattraper si elle tombe. Mais ce que je n’avais pas prévu est que sa robe, par 15 mètres de haut, m’offre une vue imprenable sur une vue interdite. Partagé entre la gêne et l’angoisse, j’essaye de deviner plus que regarder comment elle s’en sort, puis décide que pour une situation pareille je peux mettre ma gêne de côté et être prêt à la rattraper en cas de problème (elle portait notamment des sandales à l’attache précaire, ce qui m’inquiétait particulièrement). Aussi, je me voyais mal contacter ses parents pour leur annoncer « désolé, votre fille est décédé d’une chute parce que j‘ai pas osé regarder sa culotte ».

Et puis bon, c’est pas comme si c’était désagréable à contempler…

Restait à sortir de l’hôtel sans se faire repérer… sachant que nous étions couverts de suie des pieds à la tête (littéralement ; on se passe souvent les mains sur le visage sans réfléchir, et nous ressemblions plus à un commandos d’intervention qu’à deux étudiants venant de s’incruster sur un toit). Nous descendons les escaliers jusqu’au ré de chaussé, et profitons de la diversion d’un concert pour foncer dans les toilettes. Commence alors une séance de toilettage intense, pour retirer un maximum de dégâts. Ce sont les jambes d’Hannah qui ont le plus pris, et tandis que nous nous acharnons à les rendre plus présentables, l’idée nous traverse que quelqu’un pourrait rentrer dans les toilettes à ce moment. La vue qui s’offrirait à lui serait des plus étranges…

Nous réussissons à quitter l’hôtel sans problème, et prenons la direction de sa banlieue. J’en profite pour l’engueuler copieusement sur sa conduite dangereuse. J’avais déjà vu quelqu’un téléphoner au volant, mais jamais écrire un sms. Avec les deux mains. En manipulant le volant avec la jambe.

Nous arrivons dans son quartier résidentiel. Encore une fois, un quartier riche, possédant un club sportif où il est possible de jouer au golf, tennis, et faire de la natation dans la superbe piscine. De nuit, elle est clôturée, mais une main passée à travers permet de trouver le verrou. Pas besoin d’escalade pour entrer furtivement ici, et le bain après toute cette saleté nous fait un bien fou.

Nous rentrons nous coucher sur les coups de 3h, en essayant de ne pas réveiller ses parents. Mais la mère dormait dans la chambre d’Hannah pour attendre notre retour… je ne l’ai rencontré qu’une fois sur Paris, mais m’est avis qu’elle est assez protectrice. Très sympa cependant, elle m’installe dans la chambre d’ami, et nous informe qu’elle dormira dans la chambre du frère pour cette nuit (juste à côté des nôtres donc… Hannah et moi ne sommes pas ensemble, mais sa mère semble vouloir s’en assurer).

Le lendemain je suis invité à un brunch dans le club du quartier (imposant bâtiment à côté de la piscine, où peuvent être organisés les gros évènements, et où chaque dimanche est servi un brunch gratuit pour les adhérant. On me fait passer pour un membre de la famille, et je peux déguster mes premiers tacos aux œufs et bacon gratuitement). J’ai ensuite dû faire semblant de découvrir la piscine lorsque ses parents me l’ont présenté, jeu où je m’en suis apparemment brillamment sorti. En même temps, la découvrir de jour est déjà plus impressionnant que de nuit, il a donc été assez simple d’être impressionné.

Retour chez elle, et ses parents proposent de me prêter lit, étagère, bureau et autres accessoires pour l’année, vu que la semaine prochaine ils apportent toutes les fournitures d’Hannah. Je ne m’y attendais pas du tout, et j’ai été ravi d’apprendre qu’il s’agissait du lit sur lequel j’ai passé la nuit, particulièrement confortable.

Encore une fois je suis impressionné par la gentillesse des personnes que je rencontre. A partir du moment où j’ai besoin d’aide, il y a toujours quelqu’un pour lever frénétiquement la main au premier rang dans le but de tout faire pour me rendre la vie plus facile.

Ce qui m’amène à la dernière histoire de cet article (je m’adresse aux rares survivants qui auront passés l’épreuve du toit de l’hôtel, bravo à tous, vous avez tenu plus loin que personne avant vous… vous êtes ma fierté.)

Après avoir assisté à une pièce de théâtre d’étudiant dans le grand théâtre de Houston (où Hannah avait déjà eu la chance de voir l’une de ses pièces joué), nous nous rendons à la gare routière de Houston. Lieu mal famé où les SDF tiennent tête aux drogués pour savoir qui sera le groupe le plus nombreux. Les sirènes de police et d’ambulance déchirent le silence provoqué par le manque de circulation. Bref, inutile de vous dire que lorsqu’Hannah disparaît avec sa voiture, je ne me sens pas très en sécurité.

Une fois mon ticket acheté, j’attends mon bus dans une grande salle d’attente où sont diffusés des matchs de football américain. J’y prête peu attention, assez fatigué par la journée, lorsqu’une grand-mère à la recherche d’un interlocuteur engage la conversation. J’y répond plus par politesse que par intérêt, elle a surtout envie de parler d’elle. La conversation s’échoue au bout de quelques minutes, lorsque nous devons rentrer dans le bus. La dame s’assied cependant derrière moi, ce qui m’ennuie un petit peu : je n’ai pas envie de passer 3 heures à l’entendre parler de sa petite fille, surtout qu’elle parle très fort. Mais je fais un rapide méa culpa, mis à part quelques remarques amusantes, elle n’essayera pas d’engager de conversation, me permettant de somnoler après l’écriture de la journée passée. Puis au bout d’une heure, alors que nous approchons de 20h, la salle des machines demande à bosser, mais je n’ai rien à leur mettre sous la dent. Commence alors une période désagréable ou le trou dans mon ventre semble d’agrandir à chaque seconde qui passe.

Je sent alors une main me tapoter l’épaule, et découvre la grand mère entrain de me tendre sandwiches, cookies, canette de coca… « je sais que les étudiants ont tout le temps faim, et moi je ne pourrais pas finir. Fais-toi plaisir chéri. » Je n’en reviens pas, et la honte me monte aux joues pour les pensées négatives que j’avais eu à son égard. Cette grand-mère vient de devenir ma nouvelle meilleure amie !

Je la remercie chaleureusement, toujours incrédule de ma chance, et me jette sur la divine nourriture. Même pas de piège à ce niveau-là, c’est excellent.

Une fois arrivé à Austin, à 22h, je l’aide à descendre sa valise, et elle me présente sa fille venue la chercher, laquelle remarque avec intérêt que je parle français. Et me propose rapidement un emploi : faire partie d’un jury chargé de noter des américains voulant devenir prof de français, horaires flexibles et bien payé.

Je commence à sérieusement penser être entrain de rêver lorsqu’elles me ramènent en voiture, m’évitant d’attendre un autre bus une demi heure.

Je ne sais pas ce que j’ai fais pour mériter tout ça, probablement rien, et c’est ça qui m’hallucine le plus. Cette gentillesse, un peu partout autour de moi, qui offre sans rien attendre en retour.

C’est là que je réalise que ces américains, malgré l’idée que je me faisais d’eux auparavant, ont finalement beaucoup de choses à m’apprendre…